Ralentir la progression de la myopie chez les enfants : ce que révèle la recherche
lundi, janvier 26 2026 | 11 h 41 min | Nouvelles
La myopie n’est plus perçue comme un simple inconvénient réfractif. D’ici 2050, près de la moitié de la population mondiale devrait être myope, et près d’un milliard de personnes pourraient être touchées par une myopie forte, des niveaux associés à des complications pouvant menacer la vision. De nouvelles données issues d’une vaste revue de la littérature scientifique montrent pourquoi une intervention précoce est essentielle et quelles stratégies s’avèrent les plus efficaces chez les enfants et les adolescents.

Ces constats s’appuient sur les travaux de Langis Michaud, professeur à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal, qui mène chaque année l’une des revues les plus exhaustives de la recherche mondiale sur la myopie. Il analyse plus de 2 000 articles évalués par les pairs afin d’identifier les tendances cliniquement pertinentes en matière de prévention et de prise en charge de la myopie.
(Source : Université de Montréal, janvier 2026)
D’un trouble bénin à un enjeu de santé publique
Pendant des décennies, la myopie a été considérée comme un trouble réfractif relativement simple, facilement corrigé par des lunettes. Cette perception a toutefois profondément changé. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît désormais la myopie comme une cause évitable de cécité, tandis que la National Academy of Sciences des États-Unis la classe comme une maladie.
Le problème réside dans l’allongement pathologique de l’œil. À mesure que l’œil s’étire, les tissus oculaires deviennent plus minces et plus fragiles, ce qui augmente le risque de décollement de la rétine, de glaucome, de cataractes précoces et de perte visuelle irréversible. Pour illustrer ce processus, Langis Michaud le compare souvent à un tissu soumis à une tension excessive : lorsque l’œil s’allonge au-delà de ses limites naturelles, la structure finit par céder.
Les facteurs de mode de vie qui influencent le risque de myopie
Si la génétique explique environ 30 % du risque de myopie, les facteurs environnementaux jouent également un rôle important, particulièrement durant l’enfance.
Un constat revient de façon constante dans les études : le temps passé à l’extérieur a un effet protecteur. Passer au moins deux heures par jour dehors permettrait de réduire l’apparition et la progression de la myopie, notamment grâce à l’exposition à la lumière naturelle, qui stimule la dopamine rétinienne, un régulateur de la croissance de l’œil.
Les habitudes liées aux écrans comptent aussi. Les distances de vision très rapprochées, en particulier avec les téléphones intelligents et les tablettes, sont associées à une progression plus rapide de la myopie. Les données soutiennent la limitation du temps d’écran récréatif chez les jeunes enfants, l’intégration de pauses régulières et le maintien de distances de vision appropriées.
Des recherches émergentes s’intéressent également aux liens entre la myopie, l’inflammation et la santé métabolique. Des études récentes suggèrent que l’alimentation, l’activité physique, le sommeil et même le microbiote intestinal pourraient influencer la progression de la myopie par des mécanismes inflammatoires, un champ d’étude qui était à peine envisagé il y a cinq ans.
Les approches modernes du contrôle de la myopie
La compréhension scientifique de la croissance de l’œil a transformé la façon dont la myopie est traitée. Il est désormais bien établi que la rétine périphérique joue un rôle clé dans la régulation de l’allongement axial. Les stratégies modernes de contrôle de la myopie visent donc à corriger la vision centrale tout en induisant un flou périphérique contrôlé.
Parmi les options fondées sur des données probantes :
- l’orthokératologie, qui utilise des lentilles portées la nuit pour remodeler temporairement la cornée ;
- les lentilles cornéennes souples multifocales, conçues avec des profils de puissance périphérique ;
- les lunettes à défocalisation périphérique, de plus en plus accessibles au Canada ;
- l’atropine à faible dose, le traitement pharmacologique le plus reconnu, avec une concentration de 0,05 % considérée comme le meilleur compromis entre efficacité et effets secondaires.
Les lunettes et lentilles unifocales traditionnelles ne sont plus recommandées pour la gestion de la myopie, puisqu’elles ne tiennent pas compte des signaux périphériques transmis à la rétine.
Une prise en charge individualisée et un jugement clinique essentiel
Aucune approche unique ne convient à tous les enfants. L’âge, l’origine ethnique, la vitesse de progression, la longueur axiale, les facteurs liés au mode de vie et les préférences familiales influencent les décisions thérapeutiques. Dans certains cas à haut risque, une combinaison de traitements peut être nécessaire, tandis que d’autres enfants répondent adéquatement à une intervention optique seule.
L’adhésion au traitement demeure déterminante. Les interventions ne sont efficaces que si elles sont appliquées de façon constante, ce qui fait de l’éducation des patients et des parents un élément central de la prise en charge.
Le Canada se distingue actuellement par son cadre réglementaire, avec plusieurs modèles de verres à défocalisation périphérique approuvés par Santé Canada, des options qui ne sont pas encore largement disponibles dans de nombreux autres marchés.
Faire preuve de prudence face aux technologies émergentes
Toutes les approches proposées pour ralentir la myopie n’ont pas démontré leur innocuité. Langis Michaud souligne notamment les préoccupations liées aux dispositifs utilisant des lasers rouges, associés à des lésions rétiniennes dans des études humaines. Ces dispositifs sont désormais classés comme technologies à haut risque en Chine et ne sont pas autorisés au Canada.
Une priorité croissante pour les soins de la vue
Avec des pertes économiques mondiales estimées à près de 240 milliards $ US par année, la myopie représente à la fois un défi clinique et un enjeu de santé publique. Les travaux menés à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal continuent toutefois de démontrer que des interventions fondées sur des données probantes peuvent ralentir significativement la progression de la myopie, réduisant ainsi les risques à long terme, même si la condition ne peut être guérie.
Source
Cet article est basé sur un reportage publié par l’Université de Montréal :
« Comment ralentir la myopie chez les enfants et les adolescents » (20 janvier 2026)
https://nouvelles.umontreal.ca/article/2026/01/20/comment-ralentir-la-myopie-chez-les-enfants-et-les-adolescents
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