Réduire les écarts : bâtir de meilleurs soins de la vue pour les communautés autochtones
vendredi, septembre 25 2026 | 08 h 38 min | Gestion d'affaires, Magazine Optik
Par Dre Diana M. Monea, OD, FAAO, MHRM
À titre d’optométriste, j’ai eu le privilège de travailler auprès de communautés des Premières Nations en Saskatchewan, où j’ai offert des services de soins de la vue. Durant cette période, je me suis rendue dans des réserves des Premières Nations et des communautés éloignées, notamment à la réserve de Gordon, où se trouvait l’un des derniers pensionnats autochtones encore en activité au Canada.
Ces expériences ont profondément influencé ma compréhension de ce qu’exigent réellement les soins de la vue. Il ne s’agit pas seulement de diagnostiquer des problèmes de santé oculaire, d’évaluer la réfraction et de prescrire des lunettes. Il s’agit tout autant d’accès, de confiance et d’empathie.
L’accès est au cœur de l’enjeu
L’une des réalités que j’ai observées le plus souvent était simple : ce n’était pas la volonté de consulter qui faisait défaut, mais bien l’accès aux soins. De nombreux parents souhaitaient que leurs enfants reçoivent des soins de la vue, mais devaient composer avec de longues distances à parcourir, un accès limité aux moyens de transport, les conditions météorologiques et des contraintes économiques.
Dans plusieurs communautés, offrir des services optométriques directement aux patients représentait la seule façon efficace de s’assurer que les enfants puissent bénéficier d’un examen complet de la vue. Des horaires flexibles, des systèmes de rappel, de l’aide pour s’y retrouver dans les couvertures d’assurance et la collaboration avec des intervenants en santé autochtones peuvent contribuer à réduire les obstacles à l’accès aux soins. J’ai également constaté que de solides partenariats avec les écoles, les responsables communautaires et les représentants en santé favorisaient la continuité des soins et réduisaient le risque que des patients ne soient pas revus en suivi.
Parmi les nombreux enfants que j’ai examinés, j’ai relevé d’importants problèmes visuels non corrigés, particulièrement des erreurs de réfraction, souvent accompagnées d’un astigmatisme élevé et de myopie. Beaucoup de ces enfants n’avaient jamais porté de lunettes et n’avaient jamais eu accès à un examen complet de la vue et de la santé oculaire. Avec une correction ophtalmique appropriée et une intervention visuelle adaptée, le changement dans l’attitude d’un enfant était souvent immédiat : meilleure vision, confiance accrue et participation plus active en classe et dans les apprentissages.

On estime généralement que 80 % des apprentissages se font par la vision, un élément clé de l’éducation. Lorsqu’un enfant ne voit pas clairement, des tâches comme la lecture, l’écriture et le travail au tableau deviennent inutilement difficiles. Un enfant dont les difficultés visuelles n’ont pas été reconnues peut devenir frustré et en venir à croire qu’il n’est pas assez intelligent, ce qui peut faire en sorte qu’il soit étiqueté et limiter les attentes qu’il a envers lui-même.
Notre rôle comme professionnels de la vue
Comme professionnels de la vue, nous avons un rôle essentiel à jouer pour éliminer les obstacles visuels susceptibles de freiner le développement d’un enfant. Lorsqu’elle est mise en place tôt, une intervention visuelle appropriée constitue l’un des moyens les plus efficaces de soutenir la réussite scolaire durable et le plein potentiel d’un enfant. Dans plusieurs provinces, le programme Eye See… Eye Learn contribue à sensibiliser les parents et les enseignants à l’importance des examens précoces de la vue. Dans certaines provinces, comme l’Alberta, l’accès aux lunettes est facilité par la remise d’une paire gratuite aux enfants de la maternelle dans le cadre du programme Eye See… Eye Learn.
Aujourd’hui encore, des obstacles à l’accès à des soins de santé oculaire efficaces persistent. L’isolement géographique, les défis liés au transport, le coût des lunettes et l’irrégularité du suivi demeurent des enjeux importants pour de nombreux patients autochtones. De plus, le legs tragique des pensionnats autochtones a contribué à fragiliser la confiance de certains d’entre eux envers les systèmes de soins. Par conséquent, la sécurisation culturelle et une véritable compréhension sont essentielles à chaque rencontre avec un patient.
La sécurisation culturelle exige de l’humilité, du respect et de la constance, des éléments nécessaires pour établir la confiance à chaque visite. Pour développer cette confiance, les professionnels de la vue doivent écouter les préoccupations du patient sans préjugé, tout en expliquant clairement les diagnostics et les options de traitement. Lorsque cela est nécessaire et approprié, la famille peut être appelée à participer; il faut donc toujours demander la permission au patient.
La collaboration de l’industrie aide à réduire les écarts
Sur une note encourageante, des progrès se dessinent au sein de l’industrie optique canadienne. Aujourd’hui, des entreprises canadiennes comme AYA Optical, un fabricant de montures de lunettes établi en Colombie-Britannique qui met en valeur l’art autochtone, contribuent à faire évoluer l’industrie en combinant des montures soigneusement conçues avec de l’art autochtone authentique, tout en intégrant les besoins cliniques liés aux lunettes, les récits culturels et l’innovation canadienne en design.

Réduire les écarts en matière de soins de la vue pour les communautés autochtones exigera l’engagement de tous les intervenants du système de santé. Chaque examen, chaque conversation et chaque geste de respect culturel contribuent à un changement réel. La leçon la plus importante que j’ai apprise au fil de mes années de pratique optométrique depuis 1978 est que les soins de la vue doivent toujours placer la personne au premier plan.
Lorsque les patients se sentent respectés, compris et soutenus, les résultats cliniques s’améliorent. Il est important que les professionnels de la vue se rappellent qu’une meilleure vision ouvre des portes, mais que c’est la confiance qui permet aux gens de les franchir.
À propos de l’auteure :

Dre Diana M. Monea, OD, FAAO, MHRM
La Dre Diana M. Monea est optométriste, autrice et conférencière reconnue, forte de plus de quatre décennies d’expérience en pratique clinique, en gestion d’entreprise et en formation professionnelle. Fondatrice et ancienne PDG des établissements Eye Health Centres, elle se consacre aujourd’hui à la consultation, au mentorat, aux soins aux patients et aux conférences.
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