AYA Optical : quand la monture devient une toile
mercredi, août 26 2026 | 14 h 44 min | Nouvelles
Par Shan Khan, RO

Il y a quelque chose de spécial dans une collection de lunettes qui raconte une histoire. AYA Optical en est un bel exemple. Créée par la designer et entrepreneure canadienne Carla D’Angelo, AYA réunit lunetterie, art autochtone et design contemporain, tout en demeurant profondément liée aux artistes qui inspirent chacune de ses collections.
L’idée d’AYA est née en 2001, alors que Carla était en vacances au Mexique et réfléchissait au type d’entreprise qu’elle souhaitait créer. Elle avait toujours eu le flair pour repérer les marchés de niche, mais cette fois, son idée allait au-delà des affaires.
Elle voulait créer quelque chose de beau, capable de se démarquer dans l’univers de la lunetterie, tout en contribuant à la communauté et en donnant une portée plus profonde à son projet.

Il a toutefois fallu quelques années avant que cette idée prenne forme. Pendant ce temps, Carla a approfondi sa connaissance du secteur de l’optique et du travail des artistes autochtones, tout en élevant sa famille et en menant d’autres projets. Sa rencontre avec l’artiste Corrine Hunt a marqué un tournant important et lui a finalement donné la confiance nécessaire pour concrétiser AYA.

Ce qui distingue particulièrement AYA, c’est le lien entre l’œuvre et la monture. Carla accorde une grande importance à la façon dont le travail d’un artiste est transposé sur une monture, tout en préservant l’intégrité et le caractère de l’œuvre originale. Il ne s’agit pas simplement d’apposer une œuvre sur des lunettes, mais de créer un design où la monture et l’art se mettent mutuellement en valeur.
« Je veux d’abord que quelqu’un aime la monture parce qu’elle est belle, puis qu’il découvre l’histoire plus profonde qui se cache derrière », explique Carla.
Vidéo du 10 août 2009
Aya Eyewear à l’émission Urban Rush:
Ses sources d’inspiration sont multiples. Carla s’inspire de l’art autochtone, traditionnel comme contemporain, mais aussi de la sculpture, des masques sculptés et de la couleur. À ces influences s’ajoutent les tendances internationales de la lunetterie, notamment en matière de formes, de matériaux et de design. Cet équilibre entre héritage artistique et création contemporaine contribue à définir l’identité d’AYA.

La couleur occupe d’ailleurs une place particulièrement importante. Carla cite notamment l’artiste Donald Chrétien, qui a collaboré avec le Pantone Color Institute et possède une grande maîtrise de la couleur. La forme et l’ajustement sont tout aussi essentiels, alors qu’AYA continue de compter une importante clientèle autochtone tout en créant des collections qui rejoignent un public plus large.
La technologie a aussi ouvert de nouvelles possibilités. Les progrès réalisés dans les matériaux, l’impression, les techniques d’incrustation et les procédés de fabrication permettent aujourd’hui de transposer les œuvres sur les montures d’une manière qui aurait été difficilement envisageable aux débuts d’AYA.
L’une des collaborations artistiques les plus significatives d’AYA est celle avec Donald Chrétien. Leur relation a commencé alors que Donald était lui-même client d’AYA. Après avoir acheté plusieurs montures, il a communiqué avec Carla et l’a invitée à découvrir son travail artistique. Ce qui avait commencé par une relation entre une marque et l’un de ses clients s’est transformé en une collaboration artistique de longue date.
Cette collaboration a récemment pris une nouvelle dimension à Toronto avec le dévoilement de la murale Roots of Hope de Donald, à la Church of the Redeemer.
Installée sur le mur de l’église longeant l’avenue, cette œuvre de grande envergure s’inspire des traditions autochtones du perlage comme moyen de communication, tout en rappelant la longue présence autochtone sur ce territoire. Les racines représentées dans la murale deviennent bleues en s’enfonçant dans le sol, en référence à un ancien ruisseau qui coule sous l’église. Les variations de couleurs évoquent les quatre étapes de la vie, les quatre saisons, les quatre points cardinaux ainsi que les couleurs de la roue de médecine.

La murale s’inscrit dans la démarche de réconciliation de la Church of the Redeemer et montre comment l’art autochtone peut établir un lien entre l’histoire, le territoire et le design contemporain.
Pour Carla, ce projet revêt une signification toute particulière, tant en raison de sa relation avec Donald que de son propre lien avec Toronto. Elle a étudié la mode à ce qui est aujourd’hui la Toronto Metropolitan University et a vécu au centre-ville dans les années 1980. Elle se souvient d’une ville vibrante, au cœur de la mode, de la musique et de la créativité.
Leurs parcours torontois comportent même une coïncidence inattendue. Des années plus tard, Carla et Donald ont découvert qu’ils avaient tous deux fréquenté Nuts & Bolts, un lieu emblématique de la scène alternative torontoise.

Aujourd’hui, AYA a évolué bien au-delà de la vision initiale de Carla. Ses collaborations l’ont menée partout au Canada et aux États-Unis, notamment avec la collection Wind Warriors, réalisée avec l’artiste du Dakota du Sud Jim Yellowhawk.
Les boutiques d’optique indépendantes jouent également un rôle important dans l’histoire d’AYA, en créant des occasions de réunir artistes, communautés et consommateurs lors d’événements et de boutiques éphémères.
Pour Carla, l’un des moments les plus gratifiants demeure la réaction d’un artiste lorsqu’il découvre pour la première fois les montures intégrant son œuvre. Ce moment résume bien l’essence d’AYA : la collaboration, le respect et la possibilité de faire découvrir des œuvres exceptionnelles à un nouveau public.
Alors qu’AYA se tourne vers 2027, de nouveaux artistes, de nouvelles collaborations et de nouvelles possibilités sur les marchés internationaux se dessinent déjà. Les possibilités continuent de se multiplier, mais les fondements demeurent les mêmes : des montures à la fois artistiques et faciles à porter, chacune avec une histoire à raconter, créées dans un esprit d’authenticité et de respect.
En tant que designer canadienne indépendante, Carla a créé une marque visuellement distinctive qui témoigne de la créativité et de la diversité de la lunetterie canadienne. AYA nous rappelle qu’une monture peut être bien plus qu’un accessoire. Elle peut devenir une toile, susciter des échanges et créer un lien avec une histoire beaucoup plus vaste.
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